Bertrand Usclat est comédien mais aussi co-auteur avec Martin Darondeau et Pauline Clément d’une comédie irrésistible suivant les trois heures calamiteuses précédant la première de “Macbeth” à la Comédie-Française. Conversation lors des Rencontres du Sud et de Gérardmer.
Votre idée de mettre à nu la Comédie-Française a-t-elle suscité l’enthousiasme ou l’inquiétude des principaux concernés ?
Martin Darondeau : Alors pour faire la genèse du film, Bertrand et moi travaillons ensemble depuis des années sur le programme court 🔗Broute. On a ensuite fait le programme court de Pauline Clément, 🔗Moitié.e.s. Et c’est en voyant ces programmes courts que la Comédie-Française est allée voir Pauline en lui disant : « c’est sympa, les sketches que tu fais sur Internet ; est-ce que ça ne te dirait pas de faire quelque chose sur la Comédie-Française ? » Quand Pauline nous a rapporté ça, on s’est dit « mais c’est génial ; on ne va pas faire juste des petits sketches comme veut la Comédie-Française, on va faire une série ».
On a donc réfléchi tous les trois à une série autour de la Comédie-Française. Pendant un an, on a été interroger des comédiens (sociétaires, pensionnaires…) pour s’imprégner de ce lieu. Au bout de ce travail, en décembre 2024, toutes les chaînes de télévision nous ont refusé le projet en nous disant « c’est trop niche, ça ne parlera à personne ». Classique, quoi ! Mais en février 2025, nos producteurs nous ont rappellé : « vous ne voudriez pas faire un film de votre idée ? » On s’est regardés avec Bertrand : « bah ouais ». Sauf qu’on était en février et qu’on ne pouvait tourner qu’en juin 2025 parce que la salle Richelieu n’était disponible qu’à ce moment là ; on avait donc très très peu de temps pour le faire. On a dû écrire le film en deux mois et le tourner en trois semaines.
Il n’y a donc pas eu d’inquiétude de la part des producteurs, puisque ça venait d’eux et que c’est eux qui nous ont motivés. Quant à la Comédie-Française, qu’il a fallu convaincre, on a eu la chance d’être protégés par une bonne étoile, Éric Ruf, l’ancien administrateur qui avait confiance en nous. Et par Pauline Clément qui a réussi à convaincre le Comité — une réunion de dix délégués des sociétaires de la Comédie-Française — de lancer ce projet. Quand il a fallu convaincre les sociétaires, le projet n’était pas encore écrit. C’est grâce à la confiance d’Eric et des sociétaires qu’on a pu le faire.

Comment travaillez-vous tous les deux ?
Bertrand Usclat : L’avantage de travailler depuis quelques années ensemble fait qu’on est vraiment vraiment raccord : sur les blagues : on se fait très très confiance. On a aussi ce luxe d’avoir chacun un premier spectateur à notre blague — à savoir le coauteur — ce qui aide à aller très vite. Au moment où ce projet était une série, on savait les chaînes prenaient des réalisateurs chevronnés et des débutants. Quand c’est devenu un film, on s’est dit : « ah là, on aimerait bien le faire parce qu’on a très très envie de conserver cette flamme qu’il y a eue à l’écriture — et on pense être les mieux placés pour le faire étant là depuis le début. » Notre grande chance a été d’arriver ensemble, avec un texte qu’on assume tous les deux.
Sur le plateau, Martin était beaucoup à la technique, à la mise en scène, aux caméras ; moi beaucoup avec les acteurs. Ce qui nous permettait de travailler deux fois plus vite. Donc c’était trois semaines de tournage, mais peut-être six semaines en vrai puisque pendant que Martin mettait tout en place, j’étais avec les acteurs et on arrivait très vite avec des premières prises exploitables — ce qui n’arrive quasiment jamais. Là, on était un peu en télépathie (parce que parfois lui était dans les balcons et moi sur scène). Dès qu’on disait « action », on se retrouvait derrière le combo, on échangeait. Et puis on ajustait.

Pourquoi ne jouez-vous pas dedans ?
BU : Je ne suis pas de la Comédie-Française…
MD : C’était une vraie volonté depuis le début : tous les acteurs du film sont de la Comédie-Française, que ce soit évidemment du premier rôle (Pauline Clément) à l’ouvreuse qui a une demi-scène (Julie Sicard, elle aussi une sociétaire). Même l’homme dans l’ascenseur c’est Eric Ruf. C’était hyper important, on s’est battus ! Les producteurs disaient de prendre un figurant pour le mec dans l’ascenseur mais non, on voulait absolument Éric parce qu’il a amené quelque chose de fort : on n’aura pas pu faire le projet sans lui, donc c’était important d’avoir ce clin d’œil pour nous. Et puis c’était la belle contrainte du film de dire : « il n’y aura que des comédiens de la Comédie-Française dans ce projet. »
Êtes-vous partis d’anecdotes authentiques pour constituer ce kaléidoscope cataclysmique ?
MD : On a évidemment forcé le trait, parce qu’il faut raconter une histoire, faire une comédie pour aligner autant de péripéties en si peu de temps. Avec Bertrand et Clémence Dargent [la coscénariste, NDR], lorsqu’on bossait sur la série, on a fait des interviewes de sociétaires et de pensionnaires pour se nourrir d’anecdotes. Il y a plein de choses qu’on a restituées dans le film.
Quand Laurent Stocker dit : « le matin, j’ai trouvé ma mère morte dans son lit et le soir, j’étais Harpagon dans L’Avare», c’est arrivé à l’un des sociétaires de la troupe et on a voulu le raconter. Il y a des choses vraies, d’autres évidemment fausses ou en tout cas exagérées ; il y a aussi des trucs fous qu’on n’a pas mis parce qu’on se disait que personne n’y croirait. Par exemple, il y a eu des tombers de rideau il y a des années parce qu’un acteur ayant bu un coup de trop n’était plus en capacité de jouer.
On raconte aussi brièvement dans le film comment Laurent Lafitte s’est tranché le doigt pendant un Feydeau. On a demandé s’il y avait un médecin dans la salle, un mec a levé la main et c’était le spécialiste de la chirurgie de la main en France ! Il était en vacances et voulait se faire une soirée tranquille à la Comédie-Française pour penser à autre chose. Il est passé en coulisses et il a sauvé le doigt de Laurent Lafitte.
La scène de début est inspirée de la vie de Pauline, qui pendant 2-3 ans n’était pas reconnue par les gens de la sécurité l’accueil : son visage n’imprimait pas : « mais vous faites quoi ici ? —je travaille ici. —mais à quel service ? —au service des comédiens. —oh pardon ! oui je vous laisse passer. » Et à chaque fois, ils oubliaient. Plusieurs fois, elle se retrouvait avec un badge visiteur ou ils la prenaient pour pour quelqu’un d’autre, pour une académicienne de la Comédie-Française (des gens en stage pendant un an à la Comédie-Française)… Quelle elle nous racontait ça, ça nous faisait hurler de rire ; on s’est dit c’était un super démarrage de film pour montrer que c’est comme n’importe quelle entreprise : parfois, il y a des petits chefs à l’accueil…

Comment avez-vous composé votre distribution ? Certains comédiens ont-ils été réticents à participer à une telle expérience ?
BU : On a eu la chance de n’avoir que des gens qui ont accepté : aucun refus sur le script. Et c’est d’ailleurs ce qui l’a emmené beaucoup plus haut, je crois — même ce qui nous a aidé sur le financement à plein d’endroits. Très vite, tout le monde a dit oui, ce qui nous a donné confiance, on n’a pas eu à se battre. Guillaume Gallienne nous a même dit : « je ne lis pas, je suis d’accord pour le faire ; j’ai juste une journée de disponibilité en juin : ce sera le 16. » Parce qu’il était en tournée et faisait la promo de son livre en même temps — quand on y pense, les plannings de ces gens-là sont fous ! On a dit : « d’accord » et on a organisé tout le tournage autour de sa disponibilité (sourire).

C’est des acteurs de théâtre : il savent un an et demi à l’avance ce qu’ils font. Parfois, on n’est pas passés loin Pour Benjamin Lavernhe qui avait quelques créneaux, on a réussi à les caler et après ça a été un casse-tête. Pour le rôle de Marina Hands, on n’avait personne. 6 jours avant le tournage, Marina a annulé ses deux seules semaines de vacances de l’année alors qu’après, elle jouait Le Soulier de satin de nuit au Palais des Papes. Elle a lu et nous a dit : « c’est trop marrant, je veux trop en être ». Je ne la remercierai jamais assez ! Quant à Laurent Stocker, avant même qu’on ait écrit, on avait pris un café et il m’avait dit : « quoi qu’il arrive, je vous fais confiance, je le fais avec vous. »
Vous montrez que les comédiens ont aussi une vie en-dehors et des préoccupations finalement banales (comme la garde d’un bébé) susceptibles d’entraver leur art…
BU : C’était tout l’objet du film : montrer qu’il y a un certain statut de la Comédie-Française. On voit ces gens avec leur immense talent, leur vie de marathoniens sans arrêt à jouer sur scène… et c’est toujours très beau quand on voit la vie normale qu’il y a derrière ; à quel point cette troupe demande des sacrifices de vie : ces gens vouent leur vie au théâtre.
C’est aussi une manière de leur rendre hommage ; ils font battre cette espèce de poumon culturel qu’est la Comédie-Française, la plus vieille troupe du monde. À une époque où il est dans l’air du temps de baisser des subventions pour la culture, c’est ce genre de choses qu’on attaque. Tout ce qui a été construit depuis 400 ans peut être réduit à néant parce que, sur un tableau Excel, il faut mettre un peu moins d’argent.
C’est aussi une manière de leur rendre hommage (…) à une époque où il est dans l’air du temps de baisser des subventions pour la culture(…) Tout ce qui a été construit depuis 400 ans peut être réduit à néant parce que, sur un tableau Excel, il faut mettre un peu moins d’argent.
Bertrand Usclat
C’était une manière de les humaniser un petit peu et de montrer qu’il y a des choses tellement joyeuses qui se passent en coulisses. Par exemple, ils loupent toutes les vacances, tous les Noëls, toutes les fêtes, les anniversaires… On ne peut jamais les inviter parce qu’ils jouent en permanence. Pendant les vacances de Noël, ils jouent deux fois plus parce que la Comédie-Française joue en matinée. Quand nous, les moldus, on est en vacances, ils travaillent deux fois plus parce que on a besoin de divertissement et c’est eux qui s’en occupent. Certains n’ont pas fêté Noël avec leur famille plus de 10 ans. Ils ont cette vie à part, de troupe et ça crée cette espèce de famille parallèle.
Se considèrent-ils comme une famille ?
MD : Je ne me sens pas la légitimité de parler à leur place mais évidemment que que ça se ressent. On l’a vu sur le plateau : c’était incroyable d’avoir des comédiens qui se connaissaient tous par cœur et qui savaient comment ils jouaient, on a gagné un temps fou ! C’est une équipe, ils rigolent entre eux, ils s’apprécient… Alors après, il y a plus ou moins d’affinités, c’est normal, ils sont plus de soixante, mais il y a un esprit de troupe.
Avez-vous dirigé vos comédiens sur ce premier long de la même manière que sur vos courts ?
MD : Oui — en tout cas, c’est comme ça que je le ressens. Un comédien est un comédien, après ça dépend de ce qu’il accepte de faire, comment il prend son rôle… On est arrivés en se disant qu’on allait diriger des pointures, des Rolls et on s’est rendu compte qu’ils se mettaient à notre niveau en acceptant d’être dirigés — c’est vraiment des grands professionnels. Danièle Lebrun qui a 87 ans a accepté qu’on lui dise : « Danièle, je pense qu’il faut le faire comme ça. —OK, pas de problème. » C’est à cette envie de travail qu’on voit que c’est des grands.
Comment avez-vous sélectionné les autres métiers du Français auxquels vous rendez ici hommage ?
MD : On ne s’est pas dit : « de qui on va traiter ? » mais « tiens, ça, c’est marrant ». La costumière sans filtre ou le régisseur qui t’explique toujours les choses en long en large, ce sont personnages qu’on a déjà croisés avec Bertrand au théâtre, ça nous paraissait une évidence. On avait aussi réfléchi à d’autres personnages mais on a réduit à ceux-là, qu’on trouvait les plus intéressants. Parce que les costumières, les régisseurs sont aussi des postes quand même très proches des acteurs.
En revanche, il n’y a pas (ou peu) le public…
MD : On l’a un petit peu, quand même. Mais parce que ce que l’on raconte, c’est la préparation 3 heures avant la pièce.
BU : Le public, on l’a surtout représenté par la pression de cette espèce de monstre à mille paires d’yeux qui nous regarde, qui n’a pas vraiment de consistance en tant que telle. On a voulu remettre un coup de pression par un caractère un peu institutionnel et officiel en faisant venir la ministre de la Culture. De façon à montrer le trac de base quand on est face à un public lambda mais aussi les enjeux politiques d’une représentation devant des personnalités politiques — ce qui leur arrive souvent. Ça ajoute une petite dose de flip. Et on rajoute la mère d’un personnage dans le public, ce qui lui fait plus peur que tout. En fait, il suffit d’une personne dans un public pour que le flip soit énorme.
MD : J’ajoute qu’on a le personnage de la maquilleuse, qui est extérieure au monde de la Comédie-Française : elle est un peu les yeux de tout le monde, puisqu’elle découvre cet endroit et va devoir en comprendre les codes.

Un autre personnage est très important : le lieu-même, où les gens se perdent, avec ses portes qui claquent, ses souterrains…
BU : À notre grand désarroi, il y avait beaucoup plus à montrer ! On a fait une énorme visite avant de tourner. La Comédie-Française, c’est des ateliers de construction, des décors ; beaucoup de costumes… On ne le voit pas, mais il y a aussi des galeries souterraines qui relient la Comédie-Française au ministère de la Culture à côté ; il y a des salons — dont le fameux salon Mounet-Sully… On a dû choisir les endroits les plus fonctionnels : on voulait absolument montrer la salle, les coulisses, les ateliers de costumes et bien entendu la cantine pour ajouter un petit côté “cantine d’entreprise” et montrer que si c’est une institution, ça reste un lieu à peu près comme n’importe quelle boîte avec des gens qui viennent, qui travaillent à la compta…

Et les fameux ascenseurs ! On s’est battus pour récupérer les vrais sons des ascenseurs parce qu’ils nous ont accompagnés pendant tout le tournage. Les haut-parleurs commencent à vieillir, on sent que les notes vibrent un peu.

Votre le film est court. Était-ce un choix ?
MD : Un choix financier ? (sourire) Depuis le début avec les producteurs, le projet était faire ce film sur la Comédie-Française en étant réalistes : on savait très bien qu’on ne ferait pas un film de 2h20 parce qu’on avait pas beaucoup de temps pour l’écrire ni pour le financer. On avait un cadre et ensuite, on a écrit ce qu’on a voulu écrire et du coup, on a été chercher une histoire qui entrait dans ce cadre-là. Mais on s’est pas dit : « on écrit et puis bon bah là, ça fait 1h15, on arrête ». Pour nous, l’histoire ne méritait qu’1h15.
Parmi le répertoire de la Comédie-Française, pourquoi avoir jeté votre dévolu sur une pièce de Shakespeare ?
MD : Il nous fallait une pièce rigide. Notre film étant une comédie, si la mise en scène de Nina avait été une comédie, ça aurait fait ton sur ton et le décalage aurait été moins fort. L’Avare ou Le Bourgeois gentilhomme aurait moins marché dans l’opposition. Donc on a été vers une pièce de Shakespeare parce que Macbeth est quand même sa pièce la plus noire, peut-être sa plus difficile. Ça nous a paru comme une évidence ; en plus, Macbeth est considérée comme la pièce maudite. Et ça nous faisait beaucoup rire que dans ces trois heures, il n’arrive que des péripéties à Nina dans sa mise en scène de Macbeth.
Justement, en mettant à nu l’enfer d’une création, votre film s’inscrit dans la veine de Ça tourne à Manhattan ou de Synecdoche, New York mais rappelle aussi la frénésie collective de certaines œuvres de Klapisch telles que Chacun cherche son chat. Aviez-vous des références particulières à l’écriture ?
BU : Klapisch est une grande référence pour Martin et moi, notamment sur l’apparition d’un fantôme à un moment dans le film : il le fait très très bien dans L’Auberge espagnole et dans sa série Salade grecque. Ça tourne à Manhattan, je l’avais revu juste avant effectivement : c’est un film qui parle du métier et qui ne s’adresse pas qu’au métier ; c’est vraiment ce qu’on voulait faire. On ne voulait pas parler qu’aux gens qui s’intéressent au théâtre, mais à tout le monde.
Les autres références, c’était quand même beaucoup Birdman : impossible de ne pas y penser. À un moment on a voulu s’en détacher ; en fait, c’est impossible de faire sans : ça nous a tellement marqués.
Et sur cette notion de compte à rebours, de time lock — il va y avoir un événement, il faut s’y confronter —, on avait aussi Le Sens de la fête pas mal en tête, avec ce moment où le mariage doit arriver. Là, c’est pareil : il faut aller sur scène et sur tout se passe bien. On était pas mal dans ces eaux-là.
Chacun gère son stress à sa manière durant la répétition. Et vous, comment l’avez-vous géré ?
MD : En fait, sur le tournage c’était tellement une aventure stressante : deux mois pour écrire le film, trois semaines/un mois pour le préparer et quinze jours pour le tourner ! Mais je pense qu’on n’était pas aussi stressés qu’on aurait dû l’être : a posteriori je me dit qu’on était des malades d’avoir fait : « ouais c’est bon on va le faire en trois semaines ». Heureusement qu’on avait cette inconscience ; sinon peut-être qu’on aurait beaucoup trop tremblé ! Donc on était en tension, mais quand tu es, bah tu y es, quoi ! Comme Nina dans le film : on le fait, on va forcément y arriver.
Avez-vous hésité pour le titre, à la fois factuel et teinté d’ironie, mais qui pourrait rebuter un public pensant qu’il ne s’adresse qu’aux familiers du théâtre ?
BU : Je ne sais pas s’il rebute. Nous on l’assume vraiment ; on fait ce pari-là. Une mauvaise idée c’est toujours une mauvaise idée jusqu’à ce qu’il soit bonne. Un acteur à qui on dit : « tu as une diction particulière, ça marchera jamais pour toi », un jour il devient Raphaël Quenard : « c’est extraordinaire, tu as quelque chose de vraiment unique ! ». À un moment, oui, on a pensé appeler le film ”Grande première”, un truc qu’on comprend. C’est juste que du coup, c’est plus notre film, c’est plus notre enfant. Peut-être que des gens vont trouver notre enfant pas très beau. Mais c’est notre enfant, c’est comme ça. Moi, je le trouve très très beau (sourire).
Est-ce volontaire de faire sortir le film durant le Festival d’Avignon, quand tout le monde est focalisé sur le théâtre ?
MD : Alors plusieurs choses… Il fallait le temps de faire des tournées d’avant-premières pour installer le film et créer ce bouche-oreille : on sait que les gens qui voient le film l’aiment beaucoup… mais que c’est un film sur le théâtre. Avec des têtes d’affiches pour qui aime le théâtre, connaÎt la Comédie-Française et est vraiment cinéphile. Pardon, mais il n’y a pas d’énormes noms du cinéma français aujourd’hui — pas Gilles Lellouche, pas Jean Dujardin, etc. Ce n’est pas grave, on en est très fier ; ça ne veut pas dire qu’on n’a pas des comédiens extraordinaires dans ce film. Et c’est un premier film, réalisé par des inconnus…
En sortant à ce moment-là, où il y a un peu moins de concurrence, on a plus de chances de rentrer dans des salles qui n’ont parfois que 4 ou 5 écrans et peuvent faire des choix, on a le temps de s’installer tout le long de l’été. Le pari, c’est de se dire on sera encore là au mois de septembre voire en octobre avec un bouche-oreille qui montera progressivement tout l’été. On espère secrètement être la comédie de l’été.
Pensez-vous attirer un public ne venant pas dans les salles de cinéma grâce à Broute ?
BU : Je souhaiterais. J’adorerais ! La martingale, ce serait que tout le monde dise oui… Il faut ramener les jeunes au cinéma, avec les réseaux et tous ces trucs-là. J’espère que ceux qui auront la curiosité de me suivre se diront : « Ah tiens, j’ai bien aimé son humour, donc je vais lui donner sa chance au cinéma ». Nous, on espère attirer le plus grand nombre : on se rend compte que les ados aiment beaucoup le film, donc on se dit que film est déjà plus familial que prévu. On a l’impression que ça peut marcher.
Comment avez-vous accueilli votre moisson de prix à L’Alpe d’Huez ?
BU : On a été hyper surpris, on ne s’attendait pas à une razzia pareille. Déjà, on était venus juste pour montrer le film et voir comment les gens réagissaient. La projection en elle-même a déjà été un sacré moment puisque c’est notre premier film : on ne savait pas ce que ça faisait de montrer quelque chose qu’on avait écrit et réalisé. En fait, il y a une forme d’impudeur que je n’imaginais pas — par rapport à des films dans lesquels j’ai pu “juste jouer“. Acteur, c’est autre chose : on présente une forme d’image. Mais ce qu’on met de soi dans un script et dans des intentions de réalisation, c’est quand même hyper personnel et impudique ! Le montrer d’un coup devant 1 700 personnes à L’Alpe d’Huez et entendre surtout que ça réagit ; le fait d’être compris, c’est quand même assez bouleversant.
Après, la cérémonie de clôture — que je présentais, co-écrite avec Martin bien sûr, qui en plus était sur le côté du plateau… On a passé la soirée à se remettre des prix à nous-mêmes, c’était gênant pour tout le monde I Et en même temps, c’est un souvenir qui me restera toute ma vie.
Avez-vous envisagé une projection dans les murs de la Comédie-Française ?
MD : Elle est en travaux en ce moment, malheureusement…
BU : Ça devait être le cas, mais n’a pas pu être fait, parce qu’elle était en travaux — et c’est une des raisons pour lesquelles on a pu tourner le film en juin 2025. Comme elle était en travaux, il n’y avait pas de répétition de spectacle dans la salle Richelieu pendant 5 jours, ce qui n’était pas arrivé depuis, je crois, 35-40 ans. C’est pour ça que c’était vraiment maintenant ou jamais.

De la Comédie-Française de Martin Darondeau & Bertrand Usclat (Fr., 1h15) avec Pauline Clément, Laurent Stocker, Julien Frison, Marina Hands, Adeline D’Hermy, Danièle Lebrun, Sefa Yeboah, Christian Hecq, Serge Bagdassarian, Séphroa Pondi, Florence Viala, Guillaume Gallienne, Benjamin Lavernhe, Françoise Gillard, Nicolas Chupin, Elissa Alloula, Nicolas Lermeau, Gilles David, Suliane Brahim, Julie Sicard, Éric Ruf, Denis Podalydès… Sortie le 22 juillet 2026.

